Attestations de catholicité établies pour Pierre Cherbonnier.



[1] Aujourd’hui dernier jour d’octobre Vc soixante deux, par devant nous, Honnoré Jaloignes et Pierre Goussart, notaires royaulx à Tours , soubzsignez, se sont comparuz et presentez en leurs personnes venerables et discretz frères Nicollas Bugnet, docteur en theologie, prieur du convent des freres jacobins dud. Tours , Robert Challuau, liseur dud. convent, messire Jehan Barrillet, prebstre habitué en l’eglise monsieur Saint-Pierre-du-Boille(1), frere Denis Gourdet, religieulx aud. convent des Jacobins, honnorables hommes sire Loys Goussart, marchant, maistres Jehan Bastart, avocat, Jean Challuau et Martin Delidon, procureur, Jacques Barrillet et sire Jehan Beugnon, bourgeois et eschevin dud. Tours , aussi marchans, tous demeurans en ceste ville de Tours , vivans fidellement et catholicquement selon l’eglise catholicque et ancienne.
Lesquelz, après avoir esté requis par Macé Papillon(2), pour et ou nom de sire Pierre Cherbonnier, marchant bourgeois dud. Tours , de dire et attester verité sur la bonne vye, conversation catholicque et legallité dud. Cherbonnier, ce qu’ilz ont liberallement et volontairement fait, ainsy que s’ensuyt.
— Et premierement, venerables et discretz freres Nicollas Bugnet, docteur en theologie, prieur du convent des Jacobins de ceste ville de Tours et Robert Challuau, lizeur en icellui convent, agez d’aaige suffizante pour depposer, après avoir esté requis comme dessus, attestent et affirment ensemblement pour verité qu’ilz congnoissent dès long temps, led. Pierre Cherbonnier, marchand dud. Tours demeurant en la Foyre-le-Roy, près leur convent, durant laquelle leur congnoissance, ilz ont frequenté icelluy Cherbonnier ; en laquelle frequentation, l’ont tousjours oy, tenu et reputé en bon propos, d’un bon et fidelle chrestien ; l’ont veu et ordinairement aller a la messe et oyr les sermons qui se sont faictz en lad. eglise dud. convent, et a fait lad. continuation jusques ad ce que les seditieulx et rebelles prinsdrent de force ceste ville, qui fut la sepmaine de Pasques derrenieres(3) ; [2] et aussi affirment et attestent les susd. qu’ilz ont esté faits certains par les autres religieulx dud. convent, que le mardi de Pasques derrenieres, led. Cherbonnier assista a ung service qui fut dit led. jour aud. convent en l’intention et priere de deffunt messire Chaussade, son beau-pere(4), n’ont veu ne congneu, comme dessus, icellui Cherbonnier vivre aultrement que selon les constitutions de l’Eglise catholicque. Ainsi signé : N. Bugnet R. Challuau.
— Led. messire Jehan Barrillet, prebstre et chappellain habitué en l’eglise monseigneur Saint-Pierre-du-Boille dud. Tours , agé de trente-cinq ans ou environ, a dict, attesté et affirmé que il a bonne congnoissance dud. Pierre Cherbonnier, dès vingt ans sont ou environ, ouquel temps il a eu frequentation par plusieurs foiz avecques luy, en laquelle il a tousjours congneu bon chrestien, vivant selon les constitutions et ordonnances de Nostre Mere Saincte Eglise et mesmes, depuis neuf ans encza, l’a led. attestant oy en confession plusieurs foiz par chacune annee : en quoy icelluy Cherbonnier a tousjours fait comme ung bon chrestien debvoit faire ; luy a led. attestant veu faire, au jour de Pasques et festes solepnelles, sa feste, y recepvant son createur devotieusement et encores, le jour de Pasques dernieres [3] led. attestant l’a oy en confession en l’eglise monseigneur Saint-Pierre-du-Boille, dont il est paroissien et puis après se presenter a la table ou il receut son createur. Plus atteste et affirme led. attestant que led. Cherbonnier, continuant tousjours sa bonne voye et conversation catholicque, tost incontinent que sa femme fut acouschee ou moys de may dernier, il feist chercher led. attestant pour donner baptesme a ung sien filz; et de fait, le second jour de may dernier, que les rebelles et seditieulx tenoient ceste ville par force, a la poursuite et priere du Cherbonnier, led. attestant donna baptesme au filz dud. Cherbonnier duquel sa femme estoit acouschee le second jour de may, en la maison d’icelluy Cherbonnier, en sa presence et d’autres gens de bien, comme Jehan Nau, maistre Martin Lefey, parrain dud. enffant et la veufve feu Pierre Hubaille, sa marraine ; aussi atteste led. attestant que led. Cherbonnier l’avertit en le priant cinq ou six jours auparavant la feste de Penthecouste derniere, qu’il eust a dire et celebrer la messe en sa maison le jour de Penthecoste ensuivant ; ce qui fut faict par icelluy attestant, y assistant led. Cherbonnier, sad. femme et quelques autres gens de bien, le tout au desceu et a caschette desd. seditieulx et rebelles estans pour lors aud. Tours qui, pour leurs meschantez et menasses, on a discontinuez par quelque temps a dire la messe et faire le divin service en lad. ville de Tours , desquelz les gens de bien se cachoient de cellebrer les sacremens de l’Eglise. Et n’a veu, congneu ne apperceu en aucune maniere que led. Cherbonnier ait vescu ne voullu vivre aultrement que selon les constitutions de l’Eglise catholicque.
[Signé] J. Barrillet prebstre
— [4] Ledit frere Denis Gourdet, prebstre, religieulx oud. convent des freres jacobins dud. Tours (5), aagé de cinquante-deux a cinquante-troys ans ou environ, atteste et affirme pour verité qu’il congnoist led. Cherbonnier dès long temps, l’a tousjours veu le plus souvant hanter et frequenter le divin service qui se disoit et cellebroit oud. convent, ensemble les sermons et predications qui se disoient en icelluy convent et mesmement avoir veu led. Cherbonnier present et assistant le jour de mardi [omis de Pasques] dernieres a ung service qui se dist led. jour aud. convent pour deffunct messire Chaussade, son beau-pere, ou led. Cherbonnier feist tous actes en bon chrestien et en toutes choses n’a veu led. attestant aultre chose dire ne faire aud. Cherbonnier que selon les constitutions de Nostre Mere Saincte Eglise et tousjours a esté tenu et reputté bon chrestien par tous les religieulx dud. convent et jusques a ce jourd’hui.
[Signé] D. Gourdet
— Ledit Loys Goussart, bourgeois et marchand dud. Tours aaigé de quarante ans, atteste et affirme pour verité que led. Pierre Cherbonnier, marchand de Tours , duquel il a tres bonne congnoissance dès vingt ans sont ou environ, a esté et est homme vivant catholicquement, et en ce a tousjours perseveré jusques a huy de la congnoissance dud. attestant, qui l’a henté et frequenté ordinairement, allant ensemble oyr la messe, sermons et predicacions qui se disoient tant en l’eglise monseigneur Sainct-Gatien, aux Jacobins et autres eglises par predicateurs ordonnez par monseigneur l’Archevesque dud. Tours (6), fors du temps que les seditieux tenoient la ville par force qui fut depuis Pasques dernieres jusques au moys de juillet dernier, que la ville fut remise en l’obeissance du roy ; et oultre, dit led. attestant [5] que, se led. Cherbonnier a porté quelques foiz les armes pour la garde du chastel, ce a esté par force, contraincte et menasses que aucuns desd. seditieulx luy auroient faict*; mais d’estre huguenotz et mal sentant de la foy comme lesd. huguenotz, l’intention dud. Cherbonnier en estoit bien loing, comme souventesfoiz il auroit dit aud. attestant et aussi l’a il bien monstré parce que sa femme, ou temps desd. huguenotz, accoucha et en leur maison fut led. enffant baptizé selon les constitutions de Nostre Mere Saincte Eglise, a esté dict et cellebré la messe en icelle maison, le tout a caschette, pour la cruaute desd. huguenotz, led. Cherbonnier present et assistant, comme du tout led. attestant en a esté acertenay. Et oultre, afferme icelluy attestant que de sa tresbonne congnoissance, il n’a veu ne entendu que led. Cherbonnier ait vescu aultrement que selon les constitutions de Nostre Mere Saincte Eglise antienne et catholicque ; plus dit et atteste led. attestant, comme dessus, que, pendant que lesd. huguenotz faisoient prescher en la Foyre-le-Roy, auquel lieu la maison dud. Cherbonnier est situee, durant lesd. presches(7) faisoit fermer les fenestres de lad. maison pour evicter la veue et oye desd. presches comme reprouvees et l’a veu ainsi faire led. attestant par plusieurs foiz qu’il alloit en lad. maison.
[Signé] L. Goussart
— [6] A dit sire Jehan Beugnon, marchand, bourgeois et eschevin de lad. ville de Tours , aaigé d’aaige compectante pour depposer, attesté et affermé avoir bone congnoissance dud. Cherbonnier dès vingt ans sont ou environ, pour avoir esté par long temps son serviteur et facteur et jusques a ce qu’il feut marié ; et depuis ont esté ensemble assotiez ou fait de marchandise. Pendant lequel temps et jusques au jourd’huy, ilz se sont hantez et frequentez ordinairement et tousjours icelluy Beugnon a veu vivre icellui Cherbonnier comme bon vray catholicque, aller oyr la messe, vespres, divin service et sermons qui se disoient es eglises monseigneur Saint-Gatien et convent des Jacobins et aultres eglises de ceste ville de Tours , par gens doctes et savans commis de par monseigneur l’Archevesque dud. Tours ; et mesmes ou caresme dernier et # # et aussi en la ville de Paris, Lyon et ailleurs luy a veu faire ses Pasques par plusieurs foiz, bien et religieusement assister mes…. Aussi dit et affirme que le mardi de Pasques derrenieres, fut present et assista led. Cherbonnier avec led. attestant a ung service qui se fut dit led. jour aux Jacobins pour deffunt messire Chaussade, son beau-pere; Scet que durant les seditieulx preschoient en la Foyre-le-Roy led. Cherbonnier ne voulloit oyr ne que ses gens veissent ne oyssent lesd. presches desd. seditieulx, et feit fermer toutes les fenestres de sa maison regardans en lad. Foyre-le-Roy et se tenoit et les siens en sa maison enfermé jusques a ce qu’ilz eussent faict lesd. presches. Aussi scet par oy dire que a la verité, la femme dud. Cherbonnier accouscha durant que lesd. seditieulx tenoient ceste ville par la force, qui fut durant le moys de may dernier ; led. Cherbonnier feist baptiser secrettement en sa maison sond. enffant selon l’ordre antienne par messieurs Jehan Barrillet, prebstre, et a fait amesser(8) sad. femme en sa maison, pour la craincte que l’on avoit desd. seditieulx. Et davantaige [7] affirme led. attestant que, si on voulloit dire que led. Cherbonner ait esté huguenot, il croit myeulx que apertement que son intention en estoit bien loing, pour l’avoir congneu et apperceu en sa vye, propos et assistance qu’il faisoit et a tousjours faict, oyant messe, sermons et autres servives divyns et, en tout ne l’a veu ne congneu aultrement vivre que selon les constitutions de l’eglise catholicque et antienne et n’a faict aucun acte concernant les huguenotz de la congnoissance de lui, attestant.
[Signé] J. Beugnon
À la suite Ce a esté faict, dict, attesté et affirmé par devant nous notaire susd. comme dessus. En tesmoing desquelles choses nous avons signé la presente avec lesd. attestans et pour plus grande approbation y a esté mis et appousé le sel royal dont l’on use aux contractz royaulx dud. Tours , les jour et an que dessus.
[Signé] P. Goussart
— [8] [De la main de l’un des trois déposants, probablement celle de Martin Dollidon]. Lesd. maistres Jehan Bastard, licencié es loix, advocat au siege presidial de Tours , Jehan Challuau et Martin Dollidon, procureurs aud. siege, demourans en la paroisse Saint-Pierre-du-Boille, eagez d’eage compectant et suffisant pour depposer, disant avoir chascun vingt-cinq ans passez. Lesquelz dient et depposent par leur serment avoir bonne congnoissance de sire Pierre Charbonnyer, marchand bourgeois demourant en ceste ville, et que, depuys le temps qu’ilz ont congnoissance de luy, qui est de dix ans et plus, pour l’avoir hanté et frequenté, ilz l’ont veu vivre comme bon et vray catholicque, hanter et frequenter l’eglise comme ont de coustume faire bons et fidelles chrestiens, veu voir [i. e. venir] faire ses Pasques en l’eglise de lad. paroisse par plusieurs foys, faict baptiser ses enffans qu’il a euz depuys le temps qu’il est maryé avecques Perrine Chaussade, sa femme, en lad. eglise, et qu’ilz ne l’ont veu faire acte contraire a la religion chrestienne de tout temps observee et gardee en ce royaulme, ains tousjours veu vivre selon les constitutions d’icelle, et assisté avecques ses beaulx-freres a deux services fondez en l’eglise des Jacobins de ceste ville par deffunct honnorable homme maistre Guillaume Chaussade, luy vivant advocat aud. siege, son beau-pere, les jours de vendredy benist et le mardy d’après Pasques ensuivant. Et est ce qu’ilz dient et attestent pour verité avoir congneu dud. Cherbonnyer, tesmoings leurs seings manuelz cy mys le dernier jour d’octobre mil Vc soixante deux.
Signé J. Bastard J. Challuau, Dollidon
— [9] [De la main d’Honoré Jaloignes]. Jacques Barrillet, maistre ouvrier en draps de soyes, eagé de quarente-troys ans ou environ, dict et afferme par serment que, vingt ans sont et plus, qu’il congnoist Pierre Cherbonnyer, marchand demourant en ceste ville, paroisse Saint-Pierre-du-Boille en laquelle est pareillement demeurant led. depposant et que depuys led. temps n’a veu ne congneu aulchune chose en luy qui ne soit bonne et decente a homme de bien et bonne vie et conversation et que tousjours il a vu et congneu que tousjours il a hanté et frequenté l’eglise en l’honneur de Dieu et de ses saincts en grande recommandation et que, par plusieurs foys, il a esté en voyage avecques led. Cherbonnyer a La Saincte Ampoulle a Marmoustier, Sainct-Sornain, Sainct-Cosme, Saint-Advertin, a Nostre-Dame-de-Bon-Desir(9) et en plusieurs autres lieux et communement menoyt avecques luy ung prebstre pour dire messe quant il alloyt ès lieulx et voyaiges cy-dessus desnommez. Et est memoratif que le jeudi absolu(10) dernier passé, led. Cherbonnyer le mena a Marmoustier ou ilz oyrent la Passion et le service ; et fut present a Pasques dernieres que led. Cherbonnyer feist sa Pasques et receut son createur et qu’il se confessa, comme a de cosutume faire un bon et vray catholicque et que, le mardy d’après Pasques derrenieres, led. Cherbonnyer assista a ung service qui fut dict en l’eglise des Jacobins, fondé par deffunct maistre Guillaume Chaussade, luy vivant pere de la femme dud. Cherbonnier et que, lorsque sa femme fut acouschee, qui fut peu de temps auparavant le jour et feste de Penthecoste derreniere, prya led. Barrillet pour s’enquerir ou il y avoit du cresme pour faire baptiser son enffant ; et que, pour faire plaisir aud. Cherbonnyer, il alla parler aux curez ou vicaires des eglises Sainct-Estienne et Saint-Pierre-du-Boille pour recouvrer du cresme, ce qu’il ne peult faire. Au moyen de quoy soy retira [10] par devers le curé de Saincte-Croix qui luy en bailla pour faire baptiser led. enffant, qui le porta aud. Cherbonnyer ; lequel feist baptiser sond. enffant par messire Jehan Barrillet, prebstre, chappellain en lad. eglise Saint-Pierre-du-Boille, le deuxiesme de may dernier passé(11). Et le jour de la Penthecoste, led. messire Jehan Barrillet amessa la femme dud. Cherbonnyer en sa maison et dit que, lorsqu’on faisoyt la presche a la Foyre-le-Roy, led. Cherbonnyer faisoyt tousjours fermer ses fenestres et ne voulloyt que ses serviteurs y escoutassent.
— Aussi atteste pour verité Pierre Fleslon [il signe Freslon], marchant taincturier en soyes, demourant en lad. paroisse, proche voisin dud. Cherbonnyer, que, depuis le temps de dix-huict ans sont et plus, il a hanté et frequenté led. Cherbonnyer, lequel il a tousjours congneu homme de bien, bien vivant selon les constitutions en l’Eglise catholicque, et qu’il luy a tousjours veu hanter l’eglise et veu faire tous actes que ung bon crestien doibt et est tenu faire, esté communement a la messe avecques luy, veu faire ses Pasques par plusieurs foys en lad. eglise et mesmement a Pasques derrenieres ; et qu’il ne veyt oncques faire actes aud. Cherbonnier qu’ilz ne feussent bons et de bon exemple ; ce qu’il atteste par serment, tesmoings leurs seings manuelz cy mys le derrenier jour d’octobre mil cinq cens soixante-deux.
Signé J. Barrillet, Pierre Freslon, H. Jaloignes





Notes :

Le document transcrit ci-dessous a été présenté par Pierre Aquilon dans Le modèle à la Renaissance, Études réunies et présentées par Claudie Balavoine, Jean Lafond et Pierre Laurens, Paris, Vrin, 1986 (“L’Oiseau de Minerve”), p. 101-116, sous le titre “Un paroissien modèle, Tours 1562.”
La mémoire des événements tourangeaux de 1562, les Cent Jours du pouvoir protestant (2 avril-10 juillet), était encore présente à la fin des années 70 du XXe siècle par le truchement une carte postale colorisée reproduisant Le massacre fait a Tours par la populace, au mois de juillet 1562, la plus spectaculaire, pour les atrocités qu’elle met en scène, des gravures de la célèbre suite de Jacques Tortorel et Jean Périssin.
Dès le mois d’août, les lieutenants du duc de Montpensier procédèrent à une épuration générale, prenant sans doute pour base les listes de suspects qui furent alors établies pour être d’abord soumises à l'examen des paroisses et des chapitres, listes dont deux, respectivement datées des 31 juillet et 4 août 1563, nous ont été conservées (Tours, Archives municipales: EE 5 et 6). Dans l’ouvrage qu’il a consacré au “Cinquantenaire de l'Église réformée de Tours”, Paris, Fischbacher et Gressart, 1881, le pasteur Armand Dupin de Saint André les a partiellement transcrites (Appendices I et II). On trouvera le récit de ces événements chez Armand Dupin de Saint André, Histoire du protestantisme en Touraine, Paris, Fischbacher, 1885, chapitres III et IV. Voir également Comte Alfred Boulay de la Meurthe, Histoire des Guerres de religion à Loches et en Touraine, Tours, 1906 (M.S.A.T. 45), en particulier p. 35-51; Histoire religieuse de la Touraine, [Chambray], C.L.D., 1975, pp. 109-161; Pierre Leveel, Histoire de Touraine et d’Indre-et-Loire, [Chambray] , C.L.D., 1988, ch. 14. “Huguenots, Ligueurs et Royaux en Touraine”.
Les prévenus et la plupart des déposants sont domiciliés sur la paroisse Saint-Pierre-du-Boille. C’est l’orthographe commune aux les deux documents, mais on trouve aussi Saint-Pierre-du-Boile. Le substantif boille/boile est à rapporcher de l’ancien français, bail «bâton, pieu armé de fer dont on fait une palissade, puis cloture, enceinte». (Benoît-de-Sainte-Maure, 1160). On rencontre aussi la forme baille. Elles dérivent du latin baculum, «pieu, bâton»; cf. Walter von Wartburg, Französisches Etymologliches Wörterbuch, Bonn, 1928, Bd. 1, p. 201.
Cette paroisse dont les origines demeurent obscures est alors la plus spécifiquement urbaine de la partie orientale de Tours appelée Les Arcis, vocable qui entretient avec boile de probables rapports sémantiques. Au XVIe siècle encore, la ville conserve certains traits de sa bipartition ancienne, même si, depuis plus de 200 ans une même muraille a réuni Châteauneuf et la Cité. De part et d’autre d’une zone centrale aux constructions moins denses s’équilibrent deux puissants chapitres, Saint-Gatien et Saint-Martin, deux solides paroisses marchandes, la nôtre et Saint-Pierre-le-Puellier, avec les prolongements ruraux de Saint-Étienne et de Saint-Venant, tandis que Notre-Dame-la-Riche et Saint-Pierre-des-Corps s'étendent, à l’ouest et à l’est, au-delà des murailles. Brochant sur le tout, les quatre couvents des ordres mendiants, à peine respectueux de la règle des 140 cannes, forment une sorte de trapèze dont la base se situerait au nord (Carmes/Jacobins) et le sommet au sud (Augustins/Cordeliers). C'est en 1222 que les Frères prêcheurs se sont installés sur la paroisse Saint-Pierre-du-Boille. Celle-ci présente pour le commerce des dispositions particulièrement heureuses : une bonne partie de la Grand-Rue la traverse dans toute sa longueur tandis qu'à l'ouest la place Foire-le-Roi et à l'est la Porte du pont la mettent en communication avec les deux rives de la Loire. Dès le milieu du XVle siècle les emplacements disponibles y sont devenus rares et convoités, comme en témoignent les amputations successives du couvent des Jacobins (Voir: Claire Mabire La Caille, “Évolution des enclos conventuels mendiants à Tours (XIIIe-XVIIIe s.)”, Recherches sur Tours (vol. 1), Tours, L.A.U., 1981, p. 17 32; Bernard Toulier, Bernard et Pierre Aquilon, “Formation du parcellaire et propriété bâtie”, L'Architecture civile à Tours , des origines à la Renaissance, Tours, 1980, p. 46 52 dans M.S.A.T. in 4°, t. X).
La population de cette paroisse dépassait probablement 3000 âmes, mais il est difficile d'en cerner les composantes avec exactitude. Les ecclésiastiques – le chapitre cathédral, l'archevêché, les Jacobins, l’Hôtel-Dieu – et leurs serviteurs en représentent, avec la garnison du château, la partie la plus aisément identifiable, mais la moins nombreuse, quelques centaines de personnes tout au plus. Le reste, concentré sur une étendue très réduite se compose d'artisans, de marchands, d’officiers, selon des proportions qui nous échappent. Sur ces question de topographie tourangelle, on consultera: Bernard Chevalier, Tours , ville royale 1356-1520 : origine et développement d’une capitale à la fin du Moyen Âge, Paris, Louvain, 1975 ; Tours antique et médiéval. Lieux de vie - Temps de la ville. 40 ans d’archéologie urbaine. Textes réunis et présentés par Henri Galinié, avec le concours de Thierry Morin, Tours, 2007 (30e Supplément à la Revue Archéologique du centre de la France. Numéro spécial de la collection Recherches sur Tours FRECAF), en particulier (148) Hélène Noizay, «Les paroisses et les fiefs, outils de contrôle» p. 390-392.

N O T E S (1). Les registres paroissiaux de Saint-Pierre-du-Boile sont conservés aux Archives municipales de Tours . Le premier (baptêmes) couvre les années 1541-1562 ; il a été relié dans le désordre et, pour les mois d’avril à août 1562, il ne contient que deux naissances au mois de juin. À la fin : «S’ensuuyt les anniversaires que j’ai dict et cellebrez en l’eglise monseigneur Saint-Pierre-du-Boille, a commencer du jour de monseigneur sainct Jerosme (dernier passé) [30 septembre]qui fut le lendemain de la saint Michel dernier passé pour le dernier quartron finissant a Noel ensuyvant et ay escript et faict ung extraict pour me servir pour l’advenir.»
Les actes suivants témoignent des rapports de parenté qui existaient entre quelques-uns des personnages mentionnés dans les dépositions et/ou les déposants eux-mêmes.
9 mai 1554 : fut baptisée Kathrine Lefay, fille de sire René Lefay et de Anne Hubaille. Parrain : honorable homme Guillaume Habert ; marraines Kathrine Dalison et Marie Habert.
31 mars 1554 fut baptisé Robert, fils de honorable homme Georges Charbonnier, marchand de draps de soie, et de Magdaleine Chaussade, sa femme. Parrains : Jehan Habert, chanoine de Saint-Martin, et Robert Fichepain, argentier du Roy nostre sire ; marraine : Marie Chaussade, femme d’Anthoine Damaron.
19 juillet 1555 : fut baptisé François, fils de René Lefay et Anne Hubaille. Parrain : François David, bourgeois de la ville de Paris et Martin Lefey, son oncle, procureur au siège présidial de Tours ; marraine Martine Fichepain, femme de sire Jehan Guignon.
16 août 1560 fut baptisée Radegonde Cherbonnier, fille de Pierre Cherbonnier et de Perrine Chaussade. Parrain : maître Anthoine Damaron, lieutenant à Langeais ; marraine : Jehanne Dupuys, dame de Ligny-les-Bois et Radegonde Brethé, femme de François de Bonigalle, Sieur du Coquiau. — (2). On ne sait quelles étaient les fonctions de Macé Papillon; il appartenait très probablement à cette famille originaire d'Amboise que l'on trouve établie à Tours dès la fin du XVe siècle et dont l'un des membres, le chanoine Jean, fut emprisonné en 1525, à la Conciergerie, en même temps que Louis de Berquin. Les opinions religieuses de Macé étaient sans doute plus conformes au catholicisme romain. Sur cette famille Papillon, voir B. Chevalier, Tours, ville royale, op. cit., p. 553. — (3). En 1562, Pâques tombait le 29 mars ; les Huguenots investirent la ville de Tours le jeudi 2 avril, en même temps que d’Andelot entrait dans Orléans . Condé envoya à Tours le comte de La Rochefoucauld qui avait la charge, plutôt financière que militaire, de rapporter les richesses provenant du pillage de la basilique Saint-Martin et de la cathédrale. La ville rentre dans l’obéissance royale 10 juillet. — (4). Maître Guillaume Chaussade, avocat au siège présidial et maire de Tours (1537 1538), mourut au mois de septembre 1551; cf. Louis Benoist de La Grandière, «Abrégé chronologique et historique de la mairie de Tours», publié par G. Collon, M.S.A.T., t. XLVII (1908), vol. 1; Tours, Archives municipales CC 78 (Comptes municipaux de 1562) f° 1r°, au chapitre des recettes, dons et legs «Des heritiers de feu maistre Guillaume Chaussade par les mains de sire Pierre Cherbonnier, l'un d'eulx, la somme de 24 livres t. de rente» [aux charges portées par son testament]. L'assistance à ces services est une petite source de dépense pour la municipalité, soit 9 livres t. (ibid. f° 10v°). — (5). Sur la place des ordres mendiants dans la cité, voir Jacques Le Goff, «Les ordres mendiants au Moyen Âge», L'Histoire, n° 22 (avril 1980) p. 44 51, avec une bibliographie étendue. — (6). On pourrait voir, dans cette campagne de sermons, l’application par l'archevêque de Tours et par ses conseillers d'une politique non-violente à l'égard du calvinisme. Loin d'être seulement dictée par les circonstances – le Colloque de Poissy (septembre-octobre 1561) – elle paraît venir de beaucoup plus loin : dès le 25 juin 1548, le parlement de Paris renvoyait devant le bailli de Touraine toutes les informations faites contre le carme tourangeau Antoine Le Jars et contre ceux qui, en 1546, l'avaient aidé à s'évader des prisons de l'officialité de Tours , “et a ceste fin, enjoinct la dicte court a maistre [le prénom resté en blanc, est: Jacques] Bienassis, official de Tours , de mectre par devers led. bailly[…] lesd. informations, sur peine d'amende arbitraire. Et oultre, luy enjoinct de non user d'aucune dissimulation en ce regard, et envoyer par devers lad. court les noms, surnoms et qualitez de ceulx contre lesquelz il a proceddé pour raison du crime d’heresie et certiffier lad. court des dilligences qu'il a faictes a l'encontre des accusez dud. crime […]” Ce document est cité par Nathanaël Weiss, La Chambre Ardente, Paris, Fischbacher, 1889, p. 116 119. Six mois plus tard, le procureur du roi, évoquant la même affaire se plaint “que de present les heresies pullulent par la negligence des prelatz ou de leurs vicaires qui ne font leur debvoir de eulx enquerir de la vie de leurs subjectz diocesains et de fournir aux fraiz necessaires pour l'instruction des procez de ceulx qui sont trouvez estre malsentans de la foy catholicque”: (3 décembre 1548, ibid., p, 323 et suiv.). Plutôt qu’à Georges d'Armagnac, archevêque de 1547 à 1551, n'était-ce pas à son official, Bienassis, que s'adressaient ces reproches? En tout cas, cela ne serait pas en contradiction avec la teneur du discours qu'au lendemain de la clôture des États d'Orléans , le 1er février 1561, ce même Bienassis, devenu vicaire général et abbé de Bois Aubry, prononçait devant les représentants du Clergé. Ses propos s'inscrivent dans le droit fil de ceux du Chancelier de L'Hospital et du Mitte gladium tuum in vaginam (Jean XVIII. 11) qui en étaient l'âme: “de vouloir, en fait de conscience et de religion, user de force et d'autorité, disait l'abbé de Bois-Aubry, cela n'a point de lieu, parce que la conscience est comme la palme, laquelle tant est plus pressee, tant plus elle résiste, et ne se laisse commander que par la raison et bonnes remonstrances.” On trouvera dans le livre du Père Joseph Leclerc (S.J.), Histoire de la tolérance au siècle de la Réforme, Paris, Aubier, 1955, toutes les pièces de ce dossier, avec la bibliographie. Tenait il aussi à effacer l'impression produite par le ton violemment anti huguenot de certains articles du cahier du Clergé, dont il avait été l'un des principaux rédacteurs? Ce n'est pas impossible (cf. Mark Ormerod, The Life and Work of Simon de Maillé, Archbishop of Tours (1554-1591), Mémoire de Maîtrise en Histoire: Université François-Rabelais, Tours, 1980). Il serait donc tentant de voir en lui l'inspirateur de cette campagne de prédications commencée au printemps de 1561, même si les propos de quelques prédicateurs – à commencer par ceux de l'archevêque lui même – outrepassaient parfois les limites iréniques au-dedans desquelles le vicaire général eût souhaité les contenir. Dans son histoire de l’Église de Tours intitulée, Sancta et metropolitana ecclesia Turonensis, Tours, 1661, in f°, (p. 197 et suiv. § X) Jean Maan rapporte que “dominica die Palmarum insequente, quae 22. erat mensis martii [1562 n.s.], post Ramorum ritum et statam urbis ad S. Petri celebratam, praesul gravem et luculentam concionem habuit ad populum adversus Hugonotas… et retectis ex suggestu nefariorum machinationibus, piorum animas ad avitae religionis studia et sanctæ matris ecclesiæ tutamen vehementius incendit, quo multam haereticorum in se concitavit invidiam.” — (7). Cherbonnier pensait que ces quelques nuits passées sur les remparts protégeraient sa famille et ses biens. Il s'était trompé. Si, comme on peut l'admettre, sa foi catholique n'était pas feinte, son nicodémisme politique lui valut, au delà des remords, certains désagréments financiers. Était au nombre de ces marchands dont les soldats d'Antoine Duplessis-Richelieu avaient si bien pillé les maisons qu'ils se vantaient d'avoir «du velours, satin, taffetas de Tours à vendre à l'aune, de la longueur d'une lieue»? On l’ignore. (Dupin de Saint-André, Histoire du protestantisme en Touraine, op. cit., p. 94.). Il est certain cependant qu'en juin 1563 ses affaires étaient si peu brillantes et il manquait à ce point de disponibilités qu’au terme de la dissolution de la compagnie dont il avait fait partie avec René Fey, Georges Charbonnier, Jean Beugnon et consors, il se voyait contraint, pour solder les 300 livres qu'il devait à Madeleine Chaussade, de lui vendre tout le mobilier de son domicile de la place Foire-le-Roi, sans solder pour autant toutes ses dettes. Il s'agissait bien sûr, d'un prêt sur gages où le débiteur conservait pendant six mois l'usufruit de ses biens moyennant 10 livres t. (soit un taux modeste de 6,6%), «a cause de la necessité en laquelle il seroit s'il estoit contrainct si promptement achapter d'autres meubles et ustancilles de maison, au moyen de la vendition qu'il a ce jour d'huy faicte de ceulx qu'il avoyt.» C’est au titre de veuve en première noces de Georges Charbonnier, que Madeleine Chaussade, alors épouse de René (Le) Fay, marchand, est créancière de Pierre Cherbonnier, selon cet acte passé le 14 mai 1563 devant Pierre Digoys, notaire à Tours (AD Indre-et-Loire). — (8). Amesser : célébrer les relevailles d’une accouchée. «Nota qu’il ne fault point amesser les commères qu’il n’y ayt quinze jours pour le moings qu’elles ne soient en leur couche» (1588) ; amessement : action d’entendre la messe ; relevailles dont la messe faisait la principale partie. Voir Verrier et Onillon, Glossaire de l’Anjou, s.n. — (9). Lieux de pèlerinage.
Saint Saturnin (alias Sernin, Sorlin, Sorlain) : apôtre et premier évêque de Toulouse , ce saint fut martyrisé à Toulouse en 250. Sa popularité dans le midi se mesure au nombre des paroisses, une trentaine, placées sous son vocable ; elle s’est étendue également dans les pays de langue d’oïl (e. g. une chapelle du château de Fontainebleau) ; c’est un saint guérisseur. Grégoire de Tours rapporte qu’il possédait un oratoire dans lequel il offrit à la vénération des fidèles des reliques de ce saint ; elles furent, avec l’oratoire, données par Théotolon à l’abbaye Saint-Julien qu’il venait de fonder. Un procès-verbal, daté du 25 novembre 1657 et faisant état des reliques de l’église Saint-Saturnin, mentionne entre autres un morceau de l’os du bras.
Saint Avertin : compagnon de Thomas Becket, se se retira à Vençay où il mourut en 1180 après y avoir rempli les fonctions curiales ; on l’honora comme saint et son tombeau fut le lieu de nombreux pèlerinages ; ceux-ci avaient lieu le mardi de Pâques et le 5 mai.
Bondésir : village près de la Loire, aujourd’hui sur la commune de Montlouis ; une chapelle y avait été fondée, sous le vocable de Notre-Dame le 15 avril 1544, par Philibert Babou, sieur de La Bourdaisière et sa femme, Marie Gaudin.
Saint Côme : il existait dans l’église du prieuré de Saint-Côme, une chapelle dédiée à saint Restitut et qui était le but de nombreux pèlerinages.
Sainte Ampoule : L’Histoire de l’Abbaye de Marmoutier de Dom Edmond Martène (OSB), publiée et annotée par l’abbé C. Chevalier en 1874 à Tours chez Guilland-Verger et Georget-Joubert, et formant le t. XXIV des Mémoires de la Société archéologique de Touraine, mentionne à plusieurs reprises la Sainte Ampoule. Dom Martène y rappelle, dans le ch. I consacré à saint Martin (I p.37), que « Dieu ne se contenta pas d’accorder à saint Martin le don de faire des miracles en faveur des autres, il en fit plusieurs en faveur du saint même, comme lorsqu’il le préserva de l’incendie de sa chambre, où les flammes l’environnaient déjà pendant son sommeil, et une autre fois qu’il le guérit avec un onguent céleste d’une chute dont il avait tout le corps froissé. L’on garde encore à Marmoutier une sainte ampoule pleine d’une espèce de baume, qu’on prétend avoir été apportée au saint par un ange, pour le guérir de ses blessures ; elle se conserve dans un petit reliquaire d’or, et sert tous les jours d’instrument à la guérison de plusieurs malades qui viennent de fort loin implorer l’assistance de saint Martin, et recevoir la santé par l’attouchement de cette ampoule. Elle servit pour le sacre de Henri IV, roi de France qui, n’ayant pu se transporter à Reims selon la coutume, voulut être sacré à Chartres avec la sainte ampoule de Marmoutier. [Note du manuscrit : La petite fiole de verre que l’on appelle la sainte Ampoule, le mot latin ampulla n’est pas pleine et ne doit pas l’être, puisqu’on s’en est servi au sacre de Henri IV. La matière qu’elle contient est rougeâtre et figée. Il n’est point de monument qui constate que ce soit un baume apporté miraculeusement à saint Martin. Il y a plus d’apparence que c’étoit de l’huile bénite par ce saint, dont il se servoit quelquefois pour guérir les malades. Des personnes pieuses pensent que ce n’est autre chose en effet que de l’huile du sépulcre de saint Martin, de l’efficacité de laquelle Grégoire de Tours rapporte des exemples parmi les miracles qu’il nous a transmis. Les peuples ont encore beaucoup de vénération pour la sainte Ampoule : ils s’estiment heureux de baiser le reliquaire d’or qui la renferme et qui est conservé dans une armoire auprès de l’autel, côté de l’épître.] Au chapitre LI, consacré à l’abbatiat de François de Joyeuse, cardinal, 46e abbé de Marmoutier (1584-1604) Dom Martène rapporte comment, sur ordre du roi Henri IV, le lieutenant général du duché de Touraine, M. de Souvré, accompagné de plusieurs grands seigneurs, du maire et des échevins de Tours , se transporta à Marmoutier le 29 janvier 1594, à l’heure de tierce, entendit la messe, convoqua le grand-prieur entre les mains duquel il mit une lettre de cachet du roi, et demanda à voir la sainte ampoule. Après qu’elle lui eut été montrée, on l’apporta en procession à la cathédrale de Tours ; le lendemain, nouvelle procession solennelle, de Saint-Gatien à Saint-Martin où elle est déposée avant son départ pour Chartres . Le voyage commence le 16 février : elle gagne d’abord, toujours processionnellement l’église de Saint-Symphorien d’où, le lendemain, elle atteint dans la journée l’abbaye de La Trinité de Vendôme ; là elle trouve place dans l’armoire de la Sainte-Larme, dont on confie la clef au sacristain de Marmoutier. Il fallut deux jours au cortège pour atteindre Chartres , le 18 février, entre 3 et 4 heures de l’après-midi. C’est à l’abbaye de Saint-Père-en-Vallée que la sainte ampoule est apportée en procession solennelle dans la soirée. On viendra l’y chercher le 27 février, jour choisi par le roi pour son sacre et de Saint-Père à la cathédrale Notre-Dame la dernière procession traversa une ville aussi somptueusement décorée que pour la Fête-Dieu. Dom Martène relève que les religieux de Marmoutier ont fait promettre à tous ceux qui en eurent la responsabilité, et en dernier lieu l’évêque de Chartres , de la leur restituer au terme de la cérémonie. — (10). Littré signale l’expression «jeudi absolu», i.e. jeudi saint, comme vieillie à son époque; en 1562, il tombait le 26 mars. — (11). Comme il n'était pas imaginable, pour ce catholique romain intransigeant, de se soumettre aux conditions imposées par la Discipline ecclesiastique (XI. 6) spécifiant qu’«on ne fera aucun baptême, sinon aux assemblées ecclésiastiques où il y a église dressée publiquement; et, où elle n'est pas publique et les pères, par infirmité, craignent le délai de les faire baptiser en l'assemblée, les ministres aviseront prudemment combien ils leur doivent concéder quoi que ce soit qu'il y ait toujours forme d'église et ensemble exhortations et prières», Cherbonnier fit appel à Jean Barrillet qui n’était pas encore sous le coup de l’arrêté d’expulsion visant les ecclésiastiques, arrêté qui n’entra en vigueur que le 10 juin. Celui-ci fut donc en mesure de baptiser le nouveau-né dans la maison paternelle. On trouve dans le registre des baptêmes de la paroisse Saint-Étienne, toute proche de celle de Saint-Pierre-du-Boille la mention suivante: «Pour l'annee 1562… les moys d’apvril, [mai], juing, juillet sont demourez a escripre pour raison de la fraction des eglises faictes par les huguenotz qui baptizoient les enffans et ne ozoit on baptiser aux eglises, juingt que les fons estoient rompuz.» C’est ce même Jean Barrillet qui, en l'absence du curé et du vicaire de Saint-Étienne, célébrera le 18 juillet 1562, le premier baptême dans l'église rendue au culte catholique. (Tours, Archives municipales: registre des baptêmes de la paroisse Saint-Étienne, relié en tête du registre des baptêmes de la paroisse Saint-Vincent.)



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