Correspondances urbaines. Les corps de ville et l’information. Europe, XVe-XVIIe siècle.

Ces dernières décennies, la correspondance a fait l’objet d’un fort renouvellement historiographique. Objet interdisciplinaire, elle intéresse les historiens comme les littéraires ou les philosophes. Parce qu’elle est « libre et codifiée, intime et publique, tendue entre secret et sociabilité, la lettre, mieux qu’aucune autre expression, associe le lien social et la subjectivité » (Chartier, 1991) : une grande partie des études se sont donc concentrées sur l’écriture du for privé et ont analysé la lettre comme l’outil privilégié du façonnage des identités et comme un lieu de transaction entre sphère privée et sphère publique.

Depuis quelques années, les historiens observent ce que « gouverner par lettres » (Dumézil et Vissière, 2014) veut dire. Le rôle des plus hauts personnages de l’État (Gellard, 2015) ou des administrations a permis d’évaluer la force d’intervention de la lettre. Les correspondances sont désormais moins analysées pour les informations qu’elles contiennent et qui permettent de restituer les événements, que pour les pratiques de pouvoir dont elles témoignent. Mais l’enquête n’a encore guère touché l’échelle plus locale, celle des communautés d’habitants ou des corps de ville. C’est là pourtant que s’observe la nécessité d’occuper, par la lettre, un espace politique qui peine à accorder une place aux autorités lointaines. L’objet de ce colloque sera d’étudier un aspect encore peu travaillé : la correspondance que les corps de ville, créés à la fin du Moyen Âge, entretenaient avec les grands personnages du royaume, c’est-à-dire le roi, bien sûr, mais aussi ses conseillers, et une partie de la noblesse de cour, voire celle qu’ils établissent avec leurs relais auprès des cours souveraines. Une telle approche nous permettra de mieux saisir la façon dont les pouvoirs centraux et municipaux ont collaboré, ont été mobilisés et/ou sont entrés en conflit, au moment où se construisait « l’État moderne » et où les villes affirmaient leurs pouvoirs.

Distinguant correspondance passive et active des villes, on interrogera donc les réseaux de correspondance des villes par l’inventaire de celles et ceux qui s’adressent à elles, et on analysera leurs pratiques d’écriture. Cette étude prendra aussi en​​ compte la dimension matérielle de cette correspondance et les traces laissées par les lettres dans les délibérations, voire dans les comptes des villes. On pourra aussi se demander si la lettre adressée aux villes, ou par elles envoyée, participe à la fabrique de véritables communautés de correspondants, unis par l’échange épistolaire. La dimension comparatiste ne sera pas absente de cette démarche : quelles sont les spécificités de la correspondance des cités-États de la péninsule italienne, des villes libres du Saint Empire Romain Germanique ou encore des​​ corporate towns​​ de l’Angleterre Tudor et élisabéthaine, et des​​ concejos​​ et​​ ayuntamientos​​ de Castille ?

Cette manifestation scientifique s’inscrira parmi les actions du projet RENUMAR (Ressources Numériques pour l’Édition des Archives de la Renaissance) et sera associée à une exposition organisée avec l’aide de plusieurs dépôts d’archives de la région Centre-Val de Loire, et en partenariat avec la Société Archéologique de Touraine.

Colloque RENUMAR, 6 et 7 juin 2018